Dates de péremption, une idée dépassée ?

Il y a cinq ans, la France se donnait pour objectif de diviser par deux le gaspillage alimentaire en 2025. Aujourd’hui, après la loi Garot et au lendemain du vote au Sénat de la loi EGAlim, 317 kilos de nourriture sont toujours jetés chaque seconde en France. Nous avons 7 ans pour inverser la tendance.

Pour rendre chaque citoyen acteur de ses habitudes de consommation, le gouvernement doit prendre des actions simples et efficaces : les dates de péremption sont ce premier combat. Si elles sont primordiales pour assurer la santé du consommateur, elles manquent aujourd’hui de crédibilité et de légitimité en tant qu’indicateurs sanitaires fiables. Le manque de compréhension et de sensibilisation autour de ces dates incite à un gaspillage énorme et insensé : 20% des pertes dans les foyers. Combien d’entre nous comprennent la différence entre DLC, la date limite de consommation ("à consommer jusqu'au") et DDM, la date de durabilité minimale ("à consommer de préférence avant le") ?

Alors qu’un produit ayant dépassé une DLC peut présenter des risques pour la santé, un produit ayant dépassé sa DDM perd seulement certaines vertus (texture, valeur nutritive…) mais n'est pas dangereux.

Faute d’harmonisation nationale, les dates de péremption sont définies par les industriels et les fabricants, après une batterie de tests en interne, ce qui peut présenter un biais. Des centaines de produits similaires ont une DLC définie par les fabricants qui varie de 20 à 140 jours, selon qu’ils soient commercialisés dans l’Hexagone ou dans les DOM-TOM : un yaourt produit le même jour, sur la même ligne de production, sera valable 20 jours de plus, s’il est vendu en Guadeloupe plutôt qu’à Nantes. Un fromage râpé, quant à lui, montrera une différence de 120 jours !

La légitimité des DLC se pose et le problème se répète avec les DDM. L’huile ou le miel sont des aliments qui ont des propriétés conservatrices et dont la notion de péremption ne touche qu’à leur texture et saveur ; alors qu’ils peuvent être consommés sans limite de temps. D'ailleurs, les produits vendus en vrac n’indiquent pas de date de péremption (riz, céréales, farine..) alors que leurs semblables emballés en ont : si l’on arrive à faire sans la date avec le vrac, ne pourrions-nous pas nous en passer sur l’ensemble des produits secs ?

En Norvège, afin de pallier ce problème, des industriels de produits laitiers ont changé la sémantique de leurs DDM, proposant d’apposer à la suite de la mention « à consommer de préférence avant », la formule « mais toujours bon après ». Les consommateurs sont ainsi sensibilisés et invités à réfléchir à la qualité du produit : goûter et sentir au lieu de jeter un produit devrait devenir une habitude universelle ! Too Good To Go a lancé sa pétition #changetadate pour demander aux industriels français de répliquer cette bonne idée !


Ce sujet a été remis à jour grâce au Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire et plus récemment lors des discussions de la loi EGAlim : un rapport a été demandé pour juger de la pertinence de ces dates et réfléchir au moyen de les harmoniser. Accélérons le processus !

Certains acteurs du secteur de la distribution et de la société civile ont déjà décidé d’agir. En 2015, Carrefour, aujourd’hui partenaire de Too Good To Go, a allongé les dates de péremption de 500 produits de la marque sans impacter ni le goût ni la qualité. En 2017, Baptiste Dubanchet a traversé l’Atlantique en ne se nourrissant que de produits ayant une date de consommation expirée, dans le but de sensibiliser à cet enjeu. Après 3 mois en mer, il était en parfaite santé.

Il est essentiel que le gouvernement clarifie l’élaboration des dates de péremption en fixant, en toute transparence et indépendance, des normes pour les industriels afin d’allonger ces dates pour la majorité des produits. Il doit aussi donner des repères aux consommateurs, par un changement de sémantique des DDM, avec la mention “meilleur avant… mais toujours bon après” et par des campagnes de sensibilisation. Incitons chacun d’entre nous à se poser des questions, à comprendre comment il consomme, et à découvrir les solutions qui existent pour réduire les incidences du gaspillage sur l’environnement, et sur notre société.

Dans un système où le producteur et le consommateur sont de plus en plus éloignés, tracer ses produits et assurer une qualité optimale est absolument primordial. Cependant, de telles logiques doivent s’accompagner d’une prise de conscience afin de permettre à la société de repenser en profondeur ses réflexes de consommation. Il est aujourd’hui urgent d’évoluer : des industries agroalimentaires aux services d’hygiène, des distributeurs aux consommateurs, des fabricants aux intermédiaires. Ce n’est que dans la concertation et en comprenant les implications de chacun, que l’on peut amorcer le changement. Il est essentiel aujourd’hui d’entamer cette action collective.


Nous, consommateurs et entrepreneurs, appelons à la révision des dates de péremption pour que la pratique rattrape la théorie et que le consommateur puisse être acteur d’une société plus cohérente.

La France est déjà une référence européenne pour la lutte contre le gaspillage alimentaire, continuons à alimenter notre image de précurseur, et soyons force d’exemple !

Tribune co-écrite par Too Good To Go & Baptiste Dubanchet


Rose Boursier-Wyler

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