La Saga du CO2 - Épisode 2 : Gaston le Saumon

Quand on parle de gaspillage alimentaire, on pense souvent à la fin de vie de nos produits, ce qui reste de leur pauvre carcasse et ce qui finit à la poubelle. Mais avant ça, il y a pléthore de ressources, de travail et de temps qui ont été consacrés à leur production, leur transformation et leur transport. C'est ce qu'on appelle le sac à dos écologique d'un produit. Et c'est tout ce bagage dont il est bon de prendre conscience pour savourer pleinement les nutriments de nos aliments et les chérir à leur valeur. Anne la banane n'est pas qu'un fruit formidable, c'est l'histoire d'une culture en Martinique. Gaston le saumon n'est pas qu'un poisson sympa, c'est l'histoire d'un élevage norvégien. Ginette la baguette n'est pas qu'une fierté nationale française, c'est l'histoire d'un champ de blé dans l'Hexagone. On a fait des recherches, elles sont pour toi. 


Gaston le saumon est gras, plein d’Oméga 3 mais n’a pas connu les joies de badiner dans l’immense océan. Gaston pourrait écrire un livre sur son histoire. Mais comme il n’a pas de bras, je vais le faire pour lui.



Gaston le Saumon, norvégien, fils d’élevage


Du bon saumon fumé sur une tartine au beurre, un pavé avec du citron, un chirashi, un tartare, du saumon sur l’assiette, sous l’assiette, dans plusieurs assiettes. Le saumon est partout en France, et pour cause, nous sommes les plus gros importateurs de saumon des fjords norvégiens.


La Norvège est le premier producteur mondial de saumon d’élevage, et ce poisson est l’un des plus consommés par chez nous. Les français consomment en moyenne 34 kg de poisson par an. Le poids de ton labrador. Pas le poids de Gaston.


Ça, ça serait le genre de rivière que remonterait Gaston, si Gaston était libre


Gaston a une vision biaisée de la notion de liberté, de la libre circulation et de l’espace personnel. Gaston est né dans une ferme aquacole avec plein de potes saumon ; ensemble ils barbotent, grossissent, tournent en rond. Sûrement qu’ils se font des blagues de poisson, beaucoup trop élaborées pour qu’on les comprenne. Gaston à un humour bien à lui.


Quand Gaston atteint son poids idéal pour être mangé par le haut de la chaîne alimentaire, il est rangé-calé dans un camion qui mettra 1831 km pour relier Oslo à Paris, une bonne vingtaine d'heures. De là il est arrangé selon les diverses envies de l’homo sapiens : fumé, congelé, découpé en pavé, garni, dégarni, mis en barquette. Puis il échoue partout sur le territoire, à force de roues motrices, pour gonfler d’envie nos bidons tiraillés par la faim : au rayon frais, au restaurant, chez ton poissonnier, chez ta belle-mère. Né norvégien, mangé en France, Gaston est binational, réfugié politique, poisson voyageur.


Gaston, qui présente bien sur la glace



Le poids environnemental de Gaston, entre granulés et camion


Gaston, comme Anne, a une empreinte environnementale. On pense souvent à tort que manger du poisson a moins d’impact sur l’environnement que de la viande. Encore une fois, malheureusement, cela n’est pas complètement vrai (oui je sais, que nous reste-t-il ? Moi-même je me sens vacillante.)


Tout élevage a ses conséquences. Le bilan environnemental de Gaston se partage en deux volets : l’alimentation pour 80% et le transport pour les 20% restants.


Les fermes aquacoles nourrissent Gaston grâce à des granulés, à compter 4 kilos de granulés par kilo de poisson. Ces granulés (à base de végétaux, et de farines / huiles de poisson qui nourrissent mais aussi médicamentent Gaston) génèrent des déchets alimentaires importants qui sont rejetés en mer et mangés par les espèces sauvages des alentours.


Ouh les p'tits granulés


Une ferme de taille moyenne produit des déchets équivalents à ceux d’une ville de 50 000 habitants. Oui, c’est beaucoup. Globalement, les élevages de poisson rejettent 70 000 tonnes de restes en mer. À cela s’ajoutent les traitements aux antibiotiques, les épandages de différentes natures, les poissons entassés qui meurent et se décomposent, les maladies... Et la Norvège est plutôt une bonne élève en la matière, avec des fortes régulations qui assurent un minimum de bien-être à ces petits êtres aux yeux globuleux.


Et bien que l’océan soit vaste, l’océan est aussi un écosystème riche et fragile qui forme la base de toute la chaîne alimentaire. Comprendre : sans l’océan, on meurt. Considérer que l’océan digère tout ce qu’on lui verse dans la bouche, est une mécompréhension du concept de « système fini » qui régit notre chère planète. On récolte ce que l’on sème. Pierre qui roule n’amasse pas mousse. L’habit ne fait pas le moine. Tout ça.


Une petite barrière de corail, OKLM


Le transport est ensuite la deuxième source de pollution. Entre Oslo et Paris, Gaston voyage en camion, le système ferroviaire n’étant pas assez performant, nourri grâce à nos bonnes vieilles énergies fossiles et réfrigéré. Vous le savez, ce n’est pas la panacée. Surtout qu’une fois conditionné, Gaston mis dans des barquettes prend plus de place et nécessite donc davantage de camions pour son transport dans tout l’Hexagone.



Et donc ?


Et donc Gaston se doit d'être dégusté, les yeux fermés, la langue frémissante. 1 kilo de Gaston pèse 2,5 kilos de CO2, beaucoup de temps passé confiné et pas mal de route. Congèle Gaston, mets le devant tes yeux dans le frigo, adule Gaston, prie Gaston.


Gaston nous régale, aimons-le !

Rose Boursier-Wyler

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