Les dates de péremption : au coeur de la relation entre fabricant, distributeur et consommateur

Les dates de péremption régissent notre frigo et régissent aussi les relations entre tous les acteurs de la chaîne alimentaire. Visualise la gestion de ton frigo, maintenant imagine la gestion des rayons d'un supermarché... On y est, c'est pas simple, tu t'en doutes. 


La règle des 1/3 2/3, késako pépito ? 

Ce n'est pas la règle de l'univers, ni la réponse à toutes tes questions. Même si ça serait beaucoup plus simple comme ça.

- "Je sais pas quoi faire, j'ai un dîner ce soir, mais j'avais promis à mon coloc de Russie que je n'ai pas vu depuis 5 ans de prendre un verre"

- "Facile, 1/3 dîner, 2/3 verre avec le Russe"

Voilà un Russe qui boit, c'est hyper cliché, c'est pas moi, c'est Google Images (oui je sais, c'est pas terrible Google Images, mais la vie est rude).

C'est un peu ça qui se passe entre les fabricants et les distributeurs. Le fabricant fabrique, donc, son produit et doit le distribuer dans le premier 1/3 de sa vie, le distributeur doit donc l'avoir en sa possession pour les 2/3 restants. Plus le distributeur détient le produit longtemps, plus il a de chances de le vendre. Jusque là, tout va bien. 

Sauf que cette règle est assez rigide et entraine pas mal de gaspillage : 

  • Au niveau de la production pour tous les produits qui n'ont pas été délivrés à temps (5% du gaspillage est dû aux dates à ce stade)
  • Au niveau de la distribution pour tous les produits qui ne sont pas vendus à temps (entre 55 et 94,8% du gaspillage alimentaire à ce stade). Oui, les dates de péremption sont la cause majeure de gaspi dans la distri. Pour y remédier, beaucoup d'enseignes proposent des démarques (tu sais ces produits à -70% le jour de leur péremption) mais beaucoup refusent aussi de le faire : car elles empêchent les ventes normales et attirent parfois une clientèle avide de réductions. Certaines chartes fraicheur obligent même les magasins à retirer les produits de leurs rayons 3 jours avant leur date de péremption. Tout ça pour être sûr de ne proposer que le top de la fraîcheur aux consommateurs. 
  • Et nous, les consommateurs, on a tendance à toujours choisir les produits avec la date la plus longue, même si on sait qu'on va les consommer dans la journée. Et du coup les produits qui expirent le jour-même ont encore moins de chance de se faire acheter (si tu me lis, sois le sauveur des produits, choisis ceux qui ont la date la plus courte, embrasse leur destin). Dans les foyers, les dates de péremption sont responsables de 20% du gaspi. Huge.

Dans cet univers, sois un héros

Bon et puis c'est pas fini parce que du coup, les produits qui ne sont pas livrés à temps sont souvent jetés. Par exemple, les produits des marques de distributeur n'ont pas le droit d'être revalorisés en don. Et donc on les détruit. 


Le paradoxe de l'allongement des dates

L'avantage serait donc d'allonger les dates de péremption, pour que tout le monde en profite, mais surtout toi, le consommateur. 

Le problème c'est qu'en allongeant les dates, cela profite aux distributeurs et aux gros industriels qui ont plus de temps pour vendre leurs produits. Par contre, les petits fabricants, eux, si leurs produits restent plus longtemps en magasin, hé ben les temps de rotation sont plus longs, et donc il faut moins de produits, et donc moins de matière première. Et donc le producteur de yaourt, si on pousse la logique : en rajoutant 30% de temps en plus sur les yaourts, il va se retrouver avec 30% de production en trop, 30% de camions en trop, et 30% de vaches en trop. Est-ce qu'on veut qu'il tue ses vaches ? Non. 

Une vache

Donc il faut le faire de manière progressive et il faut que l'allongement des dates repose entièrement sur toi, consommateur. Comme ça c'est toi et le produit dans ton frigo qui en profitent. 


Mais alors qu'est-ce qu'on fait ? 

  • On assouplit la relation entre fabricant et producteur pour limiter le gaspillage alimentaire

Revoir la règle des 1/3 2/3 surtout pour les produits qui ont une très longue durée de vie et rajouter des clauses dans les contrats pour accepter les produits hors normes dans le but de les transformer en soupes, en plats préparés, en smoothies. 

  • On optimise la filière de production et celle de la vente

Autoriser le don et la revalorisation des produits de marque distributeur qui ont été refusés par le distributeur. Et bien gérer ses stocks et leur rotation, pour faire en sorte que les produits à date courte soient toujours au devant des étals. Au devant. Bien devant. Quitte à imaginer des étals spéciaux "dates courtes et fruits et légumes moches" pour les antigaspi comme nous. 

La loi autorise de vendre des produits à DDM dépassée ("à consommer de préférence avant le/fin", parce qu'après la date, le produit ne présente pas de risques pour la santé, il perd juste nutriments et peut changer un de texture ou de couleur), vendons-les donc !

  • On favorise les logiques de valorisation, réutilisation et transformation des produits

Beaucoup de distributeurs le font déjà. Par exemple le E.Leclerc de Templeuve a développé tout un modèle autour de l'achat de fruits et légumes moches et de leur transformation en soupes, sans additif ni conservateur, vendus en magasins. Pif paf pof, plus de gaspi. Les distributeurs transforment aussi le pain et les bananes perdues en pudding, ou les fruits de mers en soupes... Et ils gagnent de l'argent. 


In-croy-able.

Tout ça, ça t'intéresse ? Ça tombe bien, nous aussi ! 

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Rose Boursier-Wyler
Responsable Affaires Publiques