Gaspillage alimentaire dans la production : qui, quoi, comment ?

La production, c'est la première étape de la chaîne alimentaire. C'est la base de la base : le sol, les graines et la magie de la vie qui opère. Quand on parle de production, on entend donc tout ce qui se passe avant l'étape de la transformation où les produits sont triés, stockés, conditionnés, préparés pour être vendus.

En France, l'ADEME estimait en 2016 que l'étape de la production était responsable de 32% du gaspillage alimentaire, soit le deuxième poste le plus important dans le gâchis national (le troisième est la transformation, responsable de 21%). En réalité, il existe peu d'études qui ont fouillé en détails la réalité du gaspillage dans la production, qu'elle soit industrielle, maraichère, biologique ou non, mais on connait les grandes tendances. 


Qu'est-ce qu'on gaspille quand on produit ? 

Globalement, c'est 52% du gaspillage qui est imputé à la production. Si dans les pays développés, la majorité du gaspillage a lieu en fin de chaîne, dans les pays en développement, la production pèse très lourd dans le bilan du gâchis : faute d'infrastructures, de moyens de transport et de stockage adapté, la perte est estimée à 80%

Au niveau des cultures, le gaspillage est multiple : 

  • Il peut être dû à des raisons météorologiques et là, à moins d'avoir une relation spéciale avec Cérès, la déesse de l'agriculture, c'est peu évident de s'en prémunir
  • Il peut aussi être dû à des raisons économiques, commerciales et techniques : des problèmes de calibrage, un surplus de la production, des prix du marché trop bas, la mécanisation...

Bien qu'aujourd'hui la plupart des industriels et producteurs s'organisent pour donner ou revaloriser leurs surplus, soit à des fins humaines, soit à des fins animales, soit dans des logiques de transformation energétiques, la FNE dans un rapport de 2013 pointe encore quelques absurdités qui entrainent un gaspillage alimentaire hautement évitable. 

  • En Australie, des producteurs d'agrumes ont dû laisser pourrir une partie de leurs fruits dans leurs arbres puisque l'offre était trop grande par rapport à la demande suite à une appréciation excessive du dollar. 
  • En 2009, en Normandie, fautes d'acheteurs ce sont 40 tonnes de coquilles St-Jacques qui ont été détruites
  • En Bretagne, la même année, plusieurs tonnes de merlu ont du finir à la poubelle, les acheteurs se tournant vers des merlus espagnols, meilleur marché. 
Ça, c'est un merlu. 


Dix ans plus tard, de tels exemples tendent à la baisse, mais les réalités techniques et économiques continuent à engendrer un gaspillage alimentaire qu'il serait bon de limiter. 

Quelles solutions pour réduire le gaspi au niveau de la production ? 

  • Anticiper un maximum

Travailler au plus près des besoins des consommateurs tant sur le niveau de la quantité que de la qualité et au plus près de l'aval de la chaîne afin de maximiser la vente de produits non calibrés. Les consommateurs changent et leur rapport à l'alimentation aussi, les fruits et légumes moches font ainsi de plus en plus leur entrée sur les circuits de vente. 

Afin de ne pas être dépendant de la fluctuation des cours du marché et couvrir le coût de la production, un système de garantie de commande peut être mis en place sur le modèle des AMAP. 

  • Limiter la casse en aval

Systématiser les logiques de revalorisation et de transformation des produits non calibrés ou en offre trop importante : à travers la vente directe, notamment via des solutions-anti-gaspi comme Too Good To Go qui permet aux utilisateurs de venir récupérer des paniers à prix attractifs, ou à travers des filières de transformation. 

L'exemple de E.Leclerc Templeuve est intéressant à ce sujet : le magasin a décidé de créer tout un circuit de transformation alternatif de légumes moches. Le magasin les achète directement au producteur, les transforme en interne en soupes suivant des recettes élaborées par des chefs, et les vend en magasin, sans additifs ni conservateurs. Les soupes "Bon et Bien" ont ainsi permis la collaboration de différents acteurs : McCain, Randstad, les banques alimentaires et GAPPI et ont permis la réinsertion de 5 personnes en chômage de longue durée. Chaque mois, 3 tonnes de légumes sont ainsi revalorisés ! 

  • Travailler sur les dates de péremption

C'est notre grand combat aujourd'hui chez Too Good To Go, et les dates de péremption sont responsables de 5% du gaspillage alimentaire au niveau de la production. Pour tenter de limiter cette fâcheuse réalité, il est possible de travailler afin d'allonger les dates de péremption un maximum, de supprimer les dates sur les produits qui en sont exemptés (vinaigre, sucre, sel...), de repenser la sémantique des DDM pour écrire "à consommer de préférence avant... mais aussi après" ou encore d'assouplir les clauses contractuelles avec les distributeurs afin de favoriser la revalorisation de tous les produits qui sont refusés et sortent ainsi du circuit de vente ! On en parle plus en détails ici !

Le changement prend du temps, mais aujourd'hui la responsabilité de tous les acteurs de la chaîne alimentaire est énorme ! Les bénéfices de toutes ces actions vertueuses se verront sur le long terme, et les précurseurs seront les grands gagnants.

Rose Boursier-Wyler
Responsable Affaires Publiques